Dr A. Mazharian Prendre RDV
Cornée · Innovation

CAIRS : des anneaux de cornée pour traiter le kératocône

Et si, pour réparer une cornée déformée, on utilisait… de la cornée ? C'est l'idée du CAIRS — une évolution biologique des anneaux intra-cornéens, qui remplace le plastique par du tissu humain. Voici ce que ça change.

L'essentiel en 30 secondes
  • CAIRS = des segments d'anneau découpés dans du tissu cornéen de donneur, implantés dans la cornée pour réduire la déformation du kératocône.
  • C'est une alternative biologique aux anneaux synthétiques (ICRS) : pas de plastique, donc pas de risque d'extrusion.
  • Souvent associé au cross-linking, qui stabilise la maladie.
  • Objectif : améliorer la forme et la vision, et parfois repousser le recours à une greffe.
Rappel

Le kératocône, en deux mots

Le kératocône est une maladie où la cornée s'amincit et se déforme en cône. La vision devient floue et déformée, mal corrigée par les lunettes. La prise en charge suit une logique d'escalade : lunettes, puis lentilles rigides, cross-linking pour stabiliser, et — dans les formes évoluées — la greffe de cornée. Entre les deux, les anneaux intra-cornéens cherchent à régulariser la cornée.

Le point de départ

Les anneaux intra-cornéens classiques (ICRS)

Depuis 20 ans, on traite certains kératocônes en glissant dans l'épaisseur de la cornée de petits segments d'anneau en matériau synthétique (PMMA). En tendant la cornée comme une armature, ils l'aplatissent et la régularisent, ce qui améliore souvent la vision et la tolérance des lentilles.

Mais ce matériau synthétique a des limites connues :

  • Risque d'extrusion (l'anneau migre et finit par ressortir) ;
  • Amincissement ou opacités de la cornée autour de l'implant ;
  • Cornée devant être assez épaisse pour les accueillir.
L'innovation

CAIRS : le principe

Le CAIRS (de l'anglais Corneal Allogenic Intrastromal Ring Segments, « segments d'anneau intrastromaux allogéniques ») reprend exactement la même idée d'armature — mais remplace le plastique par du tissu cornéen humain de donneur. On découpe, dans une cornée de don, de fins segments en arc de cercle, que l'on insère dans un tunnel créé au laser femtoseconde dans la cornée du patient.

Le tissu ajouté soulève et régularise la zone du cône. Comme il s'agit de cornée, il s'intègre naturellement au tissu environnant. C'est une approche dite « additive » : on ajoute de la matière plutôt que d'en retirer.

Pourquoi c'est élégant

On répare une cornée malade avec le matériau auquel elle ressemble le plus : de la cornée. Le corps « reconnaît » mieux ce tissu qu'un implant synthétique.

Ce que ça change

Les avantages par rapport aux anneaux synthétiques

CritèreAnneaux synthétiques (ICRS)CAIRS (tissu)
MatériauPlastique (PMMA)Cornée humaine
ExtrusionPossibleQuasi écartée
BiocompatibilitéCorps étrangerTissu intégré
Cornées finesLimitéSouvent possible
  • Pas d'extrusion ni de rejet de plastique : c'est du tissu vivant compatible.
  • Possibilité de placer les segments dans une zone optique plus large, pour un effet visuel parfois supérieur.
  • Option ouverte à des cornées que le synthétique ne permettait pas de traiter.
En pratique

Pour qui, et comment ça se passe

Le CAIRS s'adresse aux kératocônes gênant la vision malgré les lunettes, chez des patients qui tolèrent mal les lentilles rigides, et qui ne relèvent pas encore d'une greffe. L'intervention est ambulatoire, sous anesthésie locale (collyre) : création du tunnel au laser, insertion des segments, le tout en quelques minutes par œil.

Le geste est très souvent combiné à un cross-linking : le CAIRS améliore la forme, le cross-linking stabilise la maladie. Les deux sont complémentaires, pas concurrents.

Honnêteté

Les limites et le recul

Le CAIRS ne guérit pas le kératocône : il en améliore les conséquences optiques. C'est une technique récente : ses résultats à court et moyen terme sont encourageants, mais le recul est plus court que celui des anneaux synthétiques, et elle suppose la disponibilité de tissu de donneur et un plateau technique adapté.

« Le CAIRS ne remplace pas le cross-linking ni la greffe : il enrichit l'éventail entre les deux, pour repousser, parfois de plusieurs années, le recours à une greffe. »
Questions fréquentes

Ce que les patients demandent le plus

Qu'est-ce que le CAIRS ?

Des segments d'anneau découpés dans du tissu cornéen de donneur, implantés dans la cornée pour réduire la déformation du kératocône — une alternative biologique aux anneaux synthétiques.

En quoi est-ce mieux que les anneaux classiques ?

Pas de plastique : meilleure intégration, pas de risque d'extrusion, et possibilité de traiter des cornées plus fines.

Est-ce que ça guérit le kératocône ?

Non. Cela améliore la forme et la vision ; la stabilisation de la maladie repose, elle, sur le cross-linking.

Partager in f @
Dernière révision : mai 2026
Dr Adrien Mazharian
Dr Adrien Mazharian
Chirurgien ophtalmologue · Fondation A. de Rothschild, Paris

Spécialiste de la cornée et auteur de travaux publiés sur le kératocône, le Dr Mazharian suit de près les innovations qui permettent de retarder, voire d'éviter, la greffe chez les patients atteints.

Un kératocône, un doute ?

Faites le point sur votre cornée

Topographie et analyse complète de la cornée déterminent la meilleure stratégie — surveillance, cross-linking, anneaux ou greffe. Sans dépassement d'honoraires.