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Pédagogie · Ophtalmologie pédiatrique

Les pathologies oculaires de l'enfant.

La vision se construit pendant les premières années de vie. Beaucoup de troubles de l'œil de l'enfant sont silencieux — l'enfant ne se plaint pas car il ne connaît pas d'autre vision. Voici les 8 situations les plus fréquentes, ou à ne jamais manquer, expliquées simplement. Pour presque toutes, un dépistage précoce change tout.

Concerne
0 à 8 ans
Maître-mot
dépistage précoce
Période sensible
0 – 6 ans
Le principe

Pourquoi dépister la vue de l'enfant ?

Chez l'enfant, le cerveau visuel reste « modelable » jusque vers 6-8 ans : c'est la période sensible. Si un œil voit mal pendant cette fenêtre — pour une simple différence de lunettes, un strabisme ou un obstacle —, le cerveau l'écarte et la vision de cet œil ne se développe pas. Le piège, c'est le silence : l'enfant ne dit rien, voit avec son bon œil et paraît tout à fait normal. Seul un dépistage systématique, dès la maternelle, permet de repérer ces troubles à temps — quand ils sont encore parfaitement réversibles. C'est tout l'enjeu des pages qui suivent.

01 · Amblyopie

L'amblyopie — « l'œil paresseux »

L'amblyopie est un défaut de développement de la vision d'un œil (rarement des deux) pendant l'enfance : l'œil est anatomiquement sain, mais le cerveau n'a pas appris à s'en servir. C'est la première cause de mauvaise vision de l'enfant.

1 Origines & causes

Elle survient lorsqu'une image floue ou mal transmise atteint le cerveau pendant la période sensible : différence de correction entre les deux yeux (anisométropie), strabisme, ou un obstacle sur l'axe de la vision (ptosis, cataracte congénitale, opacité de la cornée). Le cerveau privilégie alors le « bon » œil et neutralise l'autre.

2 Signes d'alerte

  • Le plus souvent aucun signe visible — l'enfant ne se plaint pas
  • Un œil qui dévie, ou l'enfant qui ferme un œil
  • Maladresse, chutes, position de tête inhabituelle
  • Gêne ou colère lorsqu'on cache le « bon » œil

3 Conduite à tenir

On corrige d'abord le trouble en cause (lunettes), puis on « rééduque » l'œil paresseux en cachant l'œil dominant quelques heures par jour (occlusion). Plus le traitement est précoce, plus il est efficace : avant 6 ans, la récupération est presque toujours complète.

Message de prévention

L'amblyopie se guérit presque toujours si on la dépiste tôt — et devient quasi irréversible après 6-8 ans. Un examen visuel dès la maternelle est essentiel, même quand l'enfant ne se plaint de rien.

02 · Strabisme

Le strabisme — les yeux qui ne s'alignent pas

Le strabisme est un défaut d'alignement des deux yeux : l'un fixe l'objet regardé, l'autre dévie — vers le nez, vers l'extérieur, le haut ou le bas. Il est fréquent et touche environ 4 % des enfants.

1 Origines & causes

Un déséquilibre de la commande des muscles qui orientent l'œil, très souvent lié à un trouble de la vue non corrigé (surtout l'hypermétropie). Il peut être familial ; plus rarement, il révèle une atteinte de l'œil ou du système nerveux qu'il faut écarter.

2 Signes d'alerte

  • Un œil qui « part », regard non parallèle
  • Déviation parfois intermittente (fatigue, maladie)
  • Enfant qui ferme un œil au soleil, penche la tête
  • Chez le plus grand : vision double, gêne à la lecture

3 Conduite à tenir

Un bilan complet avec dilatation mesure la vue et recherche une cause. Le traitement associe la correction optique (lunettes), le traitement d'une amblyopie souvent présente, et parfois une chirurgie des muscles pour réaligner les yeux.

Message de prévention

Un strabisme persistant après l'âge de 4 mois n'est jamais « un petit défaut » à banaliser. Au-delà de l'esthétique, il menace le développement de la vision et peut révéler une maladie de l'œil : il impose une consultation.

03 · Voies lacrymales

L'obstruction des voies lacrymales du nourrisson

C'est la cause la plus fréquente de larmoiement chez le bébé : le petit canal qui draine les larmes de l'œil vers le nez n'est pas encore perméable. Elle concerne près d'un nourrisson sur cinq.

1 Origines & causes

À la naissance, une fine membrane obstrue souvent l'extrémité du canal lacrymo-nasal. Les larmes ne s'évacuent plus et stagnent. Dans la grande majorité des cas, cette membrane s'ouvre spontanément au cours de la première année.

2 Signes d'alerte

  • Œil qui pleure en permanence, larme qui déborde
  • Paupières collées au réveil
  • Sécrétions récidivantes, parfois jaunâtres
  • Mais un œil blanc, non rouge et non douloureux

3 Conduite à tenir

Le traitement repose d'abord sur des massages du sac lacrymal et une bonne hygiène, avec un collyre antibiotique en cas de surinfection. La guérison spontanée est la règle avant 1 an. Si elle persiste, un sondage des voies lacrymales débloque le canal.

Message de prévention

Un larmoiement isolé du nourrisson est le plus souvent bénin. En revanche, un œil rouge, une paupière gonflée, douloureuse, ou une grosseur à l'angle interne de l'œil doivent faire consulter sans tarder.

04 · Conjonctivite virale

La conjonctivite virale à adénovirus

C'est une infection virale très contagieuse de la surface de l'œil, fréquente chez l'enfant et responsable de petites épidémies en collectivité — crèche, école, centre de loisirs.

1 Origines & causes

Elle est due à un virus, l'adénovirus, transmis par les mains, les objets et les surfaces souillés ; il est très résistant. Elle accompagne souvent un rhume ou une rhino-pharyngite.

2 Signes d'alerte

  • Œil rouge, larmoiement, sensation de sable
  • Paupières gonflées, sécrétions claires
  • Débute sur un œil puis gagne le second
  • Parfois un petit ganglion devant l'oreille

3 Conduite à tenir

Comme il s'agit d'un virus, les antibiotiques sont inutiles : on lave l'œil au sérum physiologique, on applique une hygiène stricte et on évite les contacts. La guérison survient en 1 à 3 semaines. Un avis spécialisé s'impose en cas de baisse de vision ou de forte gêne à la lumière.

Message de prévention

Très contagieuse : lavage fréquent des mains, serviette individuelle et éviction temporaire de la collectivité limitent fortement la propagation. Toute baisse de vision ou douleur importante doit faire consulter.

05 · Allergie vernale

La kératoconjonctivite vernale

C'est une allergie oculaire sévère et chronique de l'enfant, plus fréquente chez le garçon, qui se réveille typiquement au printemps et en été (« vernale » = du printemps).

1 Origines & causes

Une réaction allergique forte de la surface de l'œil, sur un terrain atopique (eczéma, asthme, rhinite). Elle est aggravée par le soleil, la chaleur, la poussière et les pollens.

2 Signes d'alerte

  • Démangeaisons intenses, l'enfant se frotte les yeux
  • Forte gêne à la lumière (photophobie)
  • Larmoiement, sensation de corps étranger
  • Gros « pavés » sous la paupière supérieure

3 Conduite à tenir

On limite l'exposition aux allergènes, on lave les yeux et on utilise des collyres antiallergiques ; les corticoïdes ne sont prescrits que ponctuellement, sous stricte surveillance. Un suivi ophtalmologique est nécessaire car la forme sévère peut atteindre la cornée.

Message de prévention

Un enfant qui se frotte les yeux et fuit la lumière de façon répétée doit être examiné. Ce n'est pas qu'une « allergie banale » : la forme sévère peut abîmer la cornée et menacer la vision.

06 · Glaucome congénital

Le glaucome congénital

Maladie rare mais grave, le glaucome congénital correspond à une pression trop élevée à l'intérieur de l'œil dès la naissance ou les premiers mois de vie, qui menace le nerf optique.

1 Origines & causes

Une malformation de l'angle par lequel s'évacue le liquide de l'œil (l'humeur aqueuse). Le liquide s'accumule, la pression monte ; comme l'œil du bébé est élastique, il se distend — c'est la buphtalmie, ou « gros œil ».

2 Signes d'alerte

  • La triade classique : larmoiement, photophobie (l'enfant fuit la lumière) et paupières serrées
  • Cornée qui devient trouble, terne, « voilée »
  • Un œil anormalement grand, parfois un seul

3 Conduite à tenir

C'est une urgence. Le traitement est essentiellement chirurgical pour rétablir l'évacuation du liquide et faire baisser la pression, avec un suivi à vie. Plus l'intervention est précoce, meilleur est le pronostic visuel.

Message de prévention

Un gros œil, une cornée terne et un bébé qui pleure à la lumière imposent un avis ophtalmologique urgent. Diagnostiqué et opéré tôt, le glaucome congénital peut être maîtrisé et la vision préservée.

07 · Ptosis congénital

Le ptosis congénital

Le ptosis congénital est une chute de la paupière supérieure présente dès la naissance, due à un développement insuffisant du muscle chargé de la relever.

1 Origines & causes

Le muscle releveur de la paupière est mal formé. Le ptosis est le plus souvent isolé et ne touche qu'un œil ; il est parfois associé à d'autres particularités de l'œil ou des muscles.

2 Signes d'alerte

  • Paupière qui tombe sur un œil (ou les deux)
  • Enfant qui lève le menton ou hausse le sourcil pour voir
  • Asymétrie nette du regard
  • Risque accru si la paupière masque la pupille

3 Conduite à tenir

La priorité est de surveiller la vision, car une paupière qui couvre la pupille favorise l'amblyopie. On corrige un éventuel trouble de la vue, puis on envisage une chirurgie de la paupière dont le moment dépend du retentissement visuel et esthétique.

Message de prévention

Au-delà de l'aspect, un ptosis qui couvre la pupille ou oblige l'enfant à pencher la tête peut entraîner un œil paresseux. Il doit être surveillé et pris en charge sans attendre l'âge adulte.

08 · Rétinoblastome

Le rétinoblastome — le reflet blanc à connaître

C'est la tumeur de l'œil la plus fréquente chez l'enfant. Rare mais grave, elle se guérit très bien lorsqu'elle est dépistée tôt — d'où l'importance de reconnaître son signe d'alerte.

1 Origines & causes

Une tumeur de la rétine d'origine génétique, survenant le plus souvent avant l'âge de 5 ans. Elle peut être familiale et toucher alors les deux yeux ; dans ce cas, un dépistage des apparentés est proposé.

2 Signes d'alerte

  • La leucocorie : un reflet blanc dans la pupille, là où l'on attend le rouge — souvent repéré sur une photo au flash
  • Un strabisme d'apparition récente
  • Plus rarement, un œil rouge ou inflammatoire

3 Conduite à tenir

C'est une urgence qui relève d'une prise en charge spécialisée immédiate. Les traitements (laser, chimiothérapie, et parfois ablation de l'œil) visent avant tout à guérir l'enfant, puis, lorsque c'est possible, à préserver l'œil et la vision.

Message de prévention

Un reflet blanc dans l'œil sur une photo, ou une pupille qui « brille » anormalement, n'est jamais à négliger. C'est une urgence qui impose un examen du fond d'œil sans délai.

Les signes qui imposent un avis sans attendre — un reflet blanc dans la pupille, un strabisme constant ou apparu récemment (au-delà de 4 mois), un gros œil avec une cornée terne et une fuite de la lumière, ou un œil rouge et douloureux. Et même sans aucun signe, faites contrôler la vue de votre enfant aux âges clés : la majorité des troubles se dépistent avant qu'ils ne se voient.

Un doute sur la vue de votre enfant ?

Faites contrôler sa vision

Un examen adapté à l'âge de l'enfant dépiste tôt l'amblyopie, le strabisme et les troubles de la vue — quand ils sont encore parfaitement réversibles.